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A Fleur de Mots

A Fleur de Mots

Littérature

LA VALISE AUX CARTES POSTALES 4

Il y a bien des années, quoique je ne fusse déjà plus très jeune, nous nous apprêtions à décoller pour la Birmanie. Mon maître devait s’y rendre pour écrire un article sur les pierres précieuses dont ce pays est un grand producteur. Un long trajet s’annonçait. Nous, les bagages, devions être enregistrés une heure avant le départ. Commençait alors le cheminement interminable sur un tapis roulant ; pesés, étiquetés, contrôlés, ballotés de virage en virage, traversant de sombres tunnels, dévalant des pentes vertigineuses jusqu’à la soute de l’avion. Une fois solidement attachée, je me laissais bercer par le ronron des moteurs et m’assoupis. Une quinzaine d’heures plus tard, nous atterrissions à Bangkok. Pour certains de mes compagnons de route, la promenade était terminée et ils étaient acheminés vers le tapis de réception de l’aéroport. Pour les autres, une salle de transit nous dirigerait ensuite vers notre destination finale. C’est là que les ennuis commencèrent. Pour je ne sais quelle raison, je ne fus pas aiguillée dans la bonne direction. Au moment de me charger dans la soute d’un nouvel avion, une des paires de mains qui me manipulait manifesta son mécontentement en disant que je n’avais rien à faire là. On me rejeta alors dans le chariot et je fus emmenée jusqu’à un entrepôt où l’on vérifia ma provenance et ma destination. Je fus à nouveau secouée, bousculée, et me retrouvais abandonnée dans une salle parmi d’autres bagages dans la même situation que moi. Tous avaient l’air endormi, à tel point que je me demandais depuis combien de temps ils étaient là, laissés pour compte dans ce local désert. La panique me gagna. Allais-je finir mes jours ici, parmi ces malchanceux de mon espèce ? Et mon maître ? Allait-il être affecté de ma disparition ? Je portais en moi tout ce dont il avait besoin pour son séjour, mais ce n’était que vêtements et affaires de toilette, et il n’aurait aucun mal à en acquérir d’autres à Yangon. Quant à moi, je n’étais qu’une valise qui commençait à prendre de l’âge et qui pouvait être remplacée aussi aisément. Ces pensées sombres tournaient dans ma tête quand un détail me revint en mémoire : entre ses vêtements, mon maître avait glissé un dossier. Je n’avais aucune idée de ce qu’il renfermait, mais je priais pour que cela soit assez important afin que mon maître mette tout en œuvre pour le récupérer.

A suivre...

KinouKachou Février 2016

LA VALISE AUX CARTES POSTALES 4

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