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A Fleur de Mots

A Fleur de Mots

Littérature

LA VALISE AUX CARTES POSTALES 5

Les heures qui suivirent furent les plus longues de ma vie. Pour ne pas céder au désespoir, je me chargeais d’une dernière mission : garde du corps d’un document précieux, tout autant que les pierres qui avaient valu ce voyage à l’autre bout du monde. Luttant contre le sommeil dans ce dortoir poussiéreux, je tentais de percevoir le moindre mouvement qui aurait pu signaler la fin de mon calvaire. Après un temps dont la durée m’échappe, quelqu’un s’approcha et vint fouiller le coin où mes semblables et moi étions rassemblés. Je fus saisie par la main et tirée fortement pour me dégager d’une plus lourde que moi, et j’en sortis avec quelques bosses et éraflures. Je m’attendais à affronter une nouvelle fois les longs couloirs sombres, priant pour que cette fois, il n’y ait pas d’erreur de parcours. Après qu’on m’eut affublé d’une grande étiquette jaune, je fus déposée sur une plateforme nous conduisant, moi et quelques autres, dans une grande pièce baignée de lumière. Éblouie par tant de clarté après mon séjour dans cet entrepôt sombre, j’avais du mal à distinguer où je me trouvais. Quand deux mains s’emparèrent de moi avec douceur, je compris que c’était lui. J’avais encore du mal à distinguer ses traits, mais ses gestes envers moi étaient trop familiers pour que je m’y trompe. Épuisée, mais heureuse, voilà comment je me sentais. Et fière aussi. Fière d’être à nouveau dans les bras de mon maître à la vue de tous. Dans les bras, car il m’avait saisi par la main et hissé jusqu’à sa poitrine, me tenant fermement contre lui. Quelques instants plus tard, il me déposait délicatement sur le lit de l’hôtel où il était descendu. Je le pensais impatient de m’ouvrir pour récupérer son dossier, mais au lieu de cela, il se mit à m’inspecter sous toutes les coutures, à la manière d’un médecin auscultant un malade. Passant délicatement sa main sur mes blessures, il secouait la tête d’un air navré. Puis il défit les lanières et souleva mon chapeau. Il ôta tout ce qui pesait en moi, sans même un regard pour ce document que j’avais protégé comme la prunelle de mes yeux, et déclara qu’il était temps pour moi de prendre ma retraite.

A suivre...

KinouKachou Février 2016

LA VALISE AUX CARTES POSTALES 5

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