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A Fleur de Mots

A Fleur de Mots

Littérature

LE GRAND LIVRE ROSE 3 - Nomade

Encore un jour de pluie, qui une fois de plus accueille le Grand Livre Rose.

Celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant s’est tournée vers lui sans hésitation aucune. C’est un temps de mélancolie et l’âme cherche refuge. Elle s’entoure de silence et se laisse bercer par la seule musique des gouttes de pluie dansant dans l’air. Avec moins de timidité cette fois, le regard s’aventure dans ce havre de paix. Une certaine complicité s’est établie depuis la première rencontre. Le livre semble sourire à chaque page. L’œil observe, l’esprit hésite… Certains modèles lui rappellent trop le premier, d’autres manquent de fantaisie, quelques-uns paraissent si loin d’elle. Quand l’un d’eux soudain se distingue par un détail. Son cercle n’est pas totalement fermé, ou plutôt, son pourtour n’aborde pas un tracé circulaire continu. Il est fait d’une chaîne de cercles renfermant chacun une fleur. Ce détail fait toute la différence. Tout en gardant son aspect protecteur, ce mandala offre une ouverture, laisse entrer l’air. Comme la première fois, le regard s’engage seul et le dialogue se fait du bout des yeux. On n’entre pas dans un mandala sans une certaine retenue. Il faut du respect, de l’humilité. Il faut se laisser séduire par les formes, accueillir les images colorées qu’elles portent au fond d’elles. Ne pas se précipiter surtout, et laisser le regard s’enfoncer dans ce tourbillon de vie. L’œil perçoit du vert. C’est un mandala végétal, léger comme un matin de printemps. À le regarder, sans même une touche de couleur encore, celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant reçoit une bouffée d’oxygène. Elle pourrait presque voir les motifs frétiller sous un léger souffle d’air… Son âme en ressent la caresse, douce et fraîche comme la brise d’un soir d’avril. C’est sur cette sensation qu’elle décide de se retirer, sachant bien que demain peut-être, ou dans quelques jours, elle plongera toute entière dans ce cercle de vie.

C’est au son d’un reggae roots que le dialogue reprend. Le temps est clément aujourd’hui. Pas un grand soleil mais une douceur dans l’air. Comme pour la première pièce de ce Grand Livre Rose, le chemin se fait en deux étapes. La première est la rencontre qui a eu lieu il y a quelques jours, la prise de contact. Celle qui est abordée aujourd’hui est comme une visite que l’on rend à un ami. L’œil vient de pénétrer l’image qui, dans un souffle, lui révèle un secret. Une couleur a pris sa place. Sans même la présence du pot de crayons sur la table, celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant sait que la pointe d’un feutre vert remplira d’une multitude de pointillés l’espace qui côtoie le dernier rempart du mandala. C’est ici que résidera toute la légèreté de la représentation. Quand tout à coup ! Le mot Liberté inonde l’esprit. Liberté… Cette pensée soudaine la renvoie à un de ses derniers écrits, un texte court titré « Nomade ». Ce besoin de liberté ancré au plus profond d’elle et qu’elle sait plus que jamais tenir de son père. Le mandala lui apparaît maintenant comme une roulotte, lui rappelle le mouvement. La vision est claire à présent. La seconde pièce du Grand Livre Rose a dévoilé son mystère et invite celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant à entrer dans son monde.

Le voyage se met en marche au centre de l’image. Celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant se laisse entraîner dans cette ronde végétale, portant son choix sur les couleurs que lui insuffle son âme. Le temps prend soudain une dimension particulière. Il s’étire à l’infini, s’absente, n’existe plus. L’esprit se fond dans la main, se répandant sur la feuille de papier. Un instant de pause s’annonce nécessaire. Pour évaluer, pour écrire aussi. Car dans cette concentration, les mots s’invitent et réclament une place. N’oublions pas que le mandala a plusieurs fonctions ; celle de se raconter en est une, et pas des moindres. La fleur qui prédomine semble légère, dotée d’un parfum enchanteur. Elle s’affiche en jaune orangé et semble flotter à la manière d’un nénuphar sur le vert d’eau qui l’entoure. Ce vert tendre est aussi apaisant que l’étendue d’un bassin de fraîcheur. La farandole de papillons qui s’ébattent là arbore des tons orange et rouge, et donne de l’éclat à l’ensemble. Ces deux premiers cercles colorés se présentent à elle sous les traits d’une roue parcourant un chemin verdoyant et fleuri. Seule la couronne de feuilles est encore vierge. Elle semble attendre de s’envoler au passage de cette roue et sera habillée de deux tons.

Mouvement… Liberté…

La main s’empare subitement du feutre vert et s’élance irrésistiblement dans l’espace extérieur à la roue, laissant là même les feuilles encore sans vie. Cette parcelle doit être comblée sans attendre pour que le mouvement s’installe. Le feuillage pourra alors décliner ses couleurs. Lentement, méticuleusement, patiemment, la main s’applique dans cette nuée de pointillés donnant doucement vie à l’image qui habite l’esprit : une route s’ouvrant devant elle, une route sans autre destination que la liberté. À ces mots, celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant pousse un long soupir de contentement et poursuit son voyage pas à pas, point par point, jusqu’à emplir son âme projetée là dans cette abondante perception d’évasion. La farandole de feuilles s’envole alors dans un duo de brillances légères. Après avoir orné les cercles fleuris de la teinte qu’elle leur destinait, la main se détache et laisse échapper quelques points épars, volatiles, aériens. Liberté…

Nomade je suis, nomade je resterai, murmure celle qui a tant de noms et qui est si peu…pourtant. Ce sera le nom de la deuxième pièce du Grand Livre Rose.

KinouKachou Aout 2015

LE GRAND LIVRE ROSE 3 - Nomade

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