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A Fleur de Mots

A Fleur de Mots

Littérature

LE GRAND LIVRE ROSE 5 - Mandala Chakra

Celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant ressent une légère baisse d’énergie. Comme une fatigue passagère, un baisser les bras temporaire. L’impression de tourner en rond aussi. Et quitte à tourner en rond, se dit-elle, autant le faire intelligemment.

Une fois encore, elle s’empare du Grand Livre Rose et s’installe sur la terrasse au soleil. Plus que l’envie de s’envelopper de couleur dans ce cercle qui l’attend, c’est le besoin d’écrire qui est le plus pressant, le plus désiré, le plus vital. Le Grand Livre Rose n’est qu’un support à la passion des mots qui l’anime. D’un geste délicat, elle ouvre le livre, et sa main atteint sans hésitation aucune la page contenant le mandala du jour, ce mandala qu’elle avait rencontré avant de porter son choix sur celui qu’elle a nommé Caribbean Dream. Le modèle qui se présente aujourd’hui, dont le nom s’était imposé avant même d’être abordé, attendait son heure qui semble être arrivée. Le Mandala Chakra… Elle sait d’avance que seul son regard se posera sur lui pour l’instant. Demain peut-être, ou bien plus tard, elle l’habillera de couleur. Mais elle doit avant tout l’apprivoiser, se nourrir de ce qu’il renferme au fond de lui. C’est comme une danse d’amour, comme deux êtres qui se rencontrent. Avant même de pouvoir se toucher, il faut s’observer, se sentir, s’imaginer, se sourire, se fondre dans le regard de l’autre avant même de l’effleurer, ressentir la caresse sans le contact de la main. Alors, toutes les énergies entrent en connexion et l’étreinte devient mystique. Voilà la représentation qu’elle se fait de l’Amour. Une relation de qualité où la tiédeur n’a pas sa place. C’est un bien rare et précieux... Les contrefaçons, les relations de pacotilles qui brillent dans leur nouveauté et ternissent avec le temps sont monnaie courante. Elle ne veut pas de ça…

Le lendemain, elle décide que le moment est propice à une journée de jeûne. Au fil des heures, elle s’abreuvera de thé aux épices agrémenté de feuilles de moringa. Aucune restriction pour cette boisson qui va purifier son organisme en profondeur. Son esprit n’en sera que plus clair et ses émotions plus lumineuses. À présent, celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant invite le lecteur à entrer dans le monde des énergies…

C’est une longue conversation qui commence, un échange silencieux. Toutes ces sphères sans teinte se présentent pour l’instant comme d’innombrables bulles. Bulles de savon dans l’air, bulles d’air dans l’eau... Déjà, le dessin fourmille de vie. Il semble pétiller de plaisir sous le regard qui l’entoure. Celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant a deviné depuis longtemps quelles couleurs habilleront cette nouvelle pièce du Grand Livre Rose. Néanmoins, elle ne s’autorise pas encore à utiliser ses crayons. Le point central du mandala est puissant, envoûtant. Ici, il s’agit sans aucun doute d’un œil ; un iris et sa pupille. Une poignée de cercles fins l’entoure, accentuant son intensité. Celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant ne peut détacher son regard de cet œil qui semble scruter ses sensations les plus intimes. Ici, la couleur perd tout son attrait. La puissance est là, c’est indéniable, et elle n’a besoin d’aucun artifice pour se révéler. Prise de vertige, celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant abandonne la terrasse baignée d’un soleil étourdissant pour se réfugier un instant à l’intérieur et rafraîchir ses idées. Elle tente de s’occuper ailleurs, se lance dans la préparation d’un lait de soja qu’elle rate royalement, pour se dire que finalement, on n’échappe pas à ce qui nous tient. Elle retourne donc au soleil et entre dans le Grand Livre Rose. L’image, brusquement, appelle la couleur. Celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant saisit son pot de crayons, et choisit avec soin ceux qui feront partie de ce nouveau voyage. Visuellement, tout est en place dans sa tête. Mais elle sait que le résultat final apporte toujours une surprise. Jamais elle n’a été déçue au dernier acte, celui de sa propre critique. Je ne crois pas que je vais utiliser mes crayons aujourd’hui, se dit-elle. Tout est prêt pour entamer la danse folle, mais c’est une autre étape qui demande du temps. Demain… songe-t-elle.

Le lendemain... Je dois commencer par le cercle extérieur, celui qui correspond au chakra racine, songe-t-elle Il renferme toutes les qualités de survie de nos ancêtres. Le rouge, couleur de l'énergie terrestre, y est associé. Attirée par cette pigmentation, par besoin de puiser de la force, celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant entame son ballet aux bras de cette teinte puissante. Au premier tour de piste d'une valse à deux temps, deux nuances de rouge se posent à chaque pas. Au deuxième tour, emportée par le mouvement, la caresse d'un pinceau vient se glisser délicatement, entraînant les pas dans une légèreté nouvelle. A bout de souffle, celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant se repose un instant. A nouveau, elle observe... comme si chaque couleur devait marquer un temps de pause avant la suivante, à la manière de l'ouverture progressive des sept chakras pour atteindre le dernier, le chakra coronal, qui nous relie à notre divinité permanente et indélébile. Ce mandala, plus que les précédents, réclame une immense concentration. Son élaboration est comme une longue prière, une douce méditation, une quête spirituelle, une retraite mystique. La danse qu'elle entame à présent en est une à trois temps. Trois pas soutenus d'un orange vif, un pas plus léger d'un orange tendre. Il s'agit ici d'une partie des innombrables bulles. Le travail est lent et appliqué. Elle tourne, elle tourne inlassablement dans ces sphères, s'abandonnant à l'essence du chakra sacré, royaume de notre énergie vitale. Le second tour de piste de cette teinte aborde un décrochement, comme une mesure qu'on laisse passer, une fantaisie donnant un rythme nouveau ; car les sphères diminuent en taille au fur et à mesure que l'on se rapproche du centre, le chakra coronal, le grand orchestre.

Cette fois, c'est la main qui réclame du repos. La taille des bulles diminuant, les doigts se resserrent davantage sur le crayon afin d'assurer un tracé plus précis, ce qui déclenche des engourdissements. L'instant d'inactivité apparente qui suit, celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant s'attache à la vérification des couleurs qui vont suivre. Les jaunes sont sans détour ; ils sont en harmonie. Les verts ne vont pas du tout ! Elle doit revoir ses choix. Après maintes combinaisons, une trouve enfin sa place. Les bleus déclenchent quelques hésitations... Elle prend son carnet d'écriture à l'envers et recommence ses essais d'associations. Un des crayons a quitté le rang pour laisser place à un autre. L'indigo a fini par trouver un partenaire se rapprochant de sa couleur singulière. Quant au violet... la palette laisse peu de choix. Ce qui se décline de cette couleur prend inévitablement un ton virant au rose. Elle ne trouve aucun mariage harmonieux. Elle en déduit que cette étape, la dernière, demande une réflexion particulière pour laquelle elle devra attendre d'avoir franchi les précédentes avant de s'y pencher. Au moment d’aborder le jaune, la voilà soudain prise d’un doute. Tout à l’heure, au moment des vérifications, cette association apparemment sans détour n’avait pas retenu son attention plus que ça. Elle demande à présent que l’on s’y arrête. Après réflexion, seul un des deux membres est retenu. Celui qui y est associé à présent était passé inaperçu au premier regard. Elle plonge alors dans le Chakra du Plexux Solaire, ce joyau scintillant, siège de l’identité personnelle. La déclinaison des jaunes est subtile. Trois pas du plus vif, brillant par son intensité, un pas d’un autre soutenu d’une touche orangée. Cette vase-là lui a donné du fil à retordre. Elle s’est un peu emmêlé les pinceaux au départ, trébuchant maladroitement à deux reprises. Ce n’est plus deux, mais quatre crayons qui entrent en jeu ici, se superposant par paire pour atteindre la teinte désirée. Valse à quatre temps avec un pas de trois… un rythme qui lui semble impossible à soutenir dans la réalité. La danse du jaune se termine aux derniers rayons du soleil, et un petit vent de fraîcheur, pareil aux couleurs froides qui s’annoncent, conduit celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant, à l’intérieur de sa maison. Elle pose un regard sur son travail, satisfaite du chemin parcouru. Sourire. Ce Grand Livre Rose est vraiment magique… Celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant se demande si son amie était consciente de l’immensité du pouvoir qu’il recèle le jour où elle le lui avait offert. Sans doute que non… Mais son âme avait fait le bon choix, guidé par l’intensité de leur amitié.

À cet instant précis, celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant décide que lorsque le Grand Livre Rose sera entièrement coloré et couvert des mots qui l’accompagnent, elle l’offrira en retour à cette amie sans qui cette histoire n’existerait pas.

Le Mandala Chakra est resté ainsi, arrêté sur la couleur jaune pendant des jours. Comme si cette danse aux pas compliqués avait épuisé, étourdi celle qui a tant de noms… Ce matin, elle ouvre à nouveau le Grand Livre Rose. C’est au tour de la teinte verte de décliner sa beauté. Un temps d’évaluation s’impose. L’œil doit parcourir l’ensemble pour que l’esprit s’imprègne de ce mouvement et que l’âme s’engage sur ce chemin de paix, d’amour, d’unité, de solidarité et de joie, qualités du Chakra Coeur. Les crayons s’installent près du livre. Celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant ne se sent pas totalement prête. Quelque chose manque... Elle présume que cette partie abordée aujourd’hui va prendre du temps, réclamer une grande concentration en raison de l’importance de sa signification. Une fois entrée dans ce vert, rien ne devra venir perturber ce moment d’unité. Elle anticipe sur tout ce qui pourrait venir la détourner de cette voie, prépare une théière qu’elle gardera à portée de main, mange un morceau (en l’occurrence un velouté de courgettes, vert, lui aussi) et enfile son vieux chapeau de paille, car le soleil tape fort sur la terrasse. De sphères en bulles, elle évolue dans ce vert et se sent envahie par le pouvoir régénérant que la nature offre par cette couleur. Et son cœur, soudain, éclate de lumière. Ici brille un diamant… Ma propre lumière, se dit-elle. Mon éternelle… La journée s’est terminée sur cette balade de couleur végétale, sans qu’aucune autre teinte ose pointer le bout de son nez. Seuls les mots ont suivi…

À présent, celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant observe le centre du dessin. Les trois dernières couleurs à aborder sont des teintes dites froides. Cette gamme allant du turquoise au violet représente surtout la profondeur pour cette main qui va s’y abandonner. L’après-midi est bien avancé et les crayons n’ont pas bougé de leur plateau. Pas encore… Néanmoins, le plateau se rapproche du Grand Livre Rose. Et voilà que la main s’empare de la mine turquoise et de sa compagne la bleue. Une nouvelle valse à deux temps l’emporte sur la piste du Chakra Gorge, que l’on nomme aussi la Bouche de Dieu, ce lieu où les anges murmurent à nos oreilles. Sans même un moment de répit, la main continue sa danse en changeant de cavalier, s’accrochant au bras de l’indigo, puis à celui du bleu qui l’escorte. Ici encore, un décrochement apparaît. Dans sa fougue, celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant a trébuché. L’indigo resserre son étreinte et le ballet se poursuit sur la piste du Chakra Frontal. Dans ce tourbillon de cercles fins, la mine des crayons s’est appuyée davantage, à l’image de la concentration requise par l’étroitesse de l’espace. Au dernier pas de danse, le bleu compagnon d’indigo se retire, et la mine violette fait son entrée. C’est cette dernière partie du mandala qui était restée suspendue dans son esprit. Ne trouvant pas de partenaire pour le violet, elle avait remis son choix à plus tard. La sélection s’est faite d’elle-même. Indigo a rempli ce rôle pour conduire celle qui a tant de noms aux portes du Mille fois autant… À présent, elle examine le résultat. La quatrième pièce du Grand Livre Rose révèle déjà sa personnalité. Soudain, celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant s’interroge : quel impact visuel se dégagerait de ce cercle énergétique si les couleurs avaient été inversées, si le rouge était au centre ? S’était-elle trop précipitée dans sa décision de laisser glisser ses premiers pas sur le bord extérieur de la piste ? Le doute la taquine… Mais l’âme avait choisi ce chemin-là pour honorer le Mandala Chakra, et il était immuable. Je m’amuserai à dessiner son contraire plus tard, se dit-elle. Juste pour satisfaire ma curiosité. Bien que chaque couleur ait pris sa place, le mandala est loin d’être achevé. Pour l’instant, il est à l’image d’une jeune fille se préparant pour le bal. Elle a revêtu sa belle robe et enfilé ses chaussures, mais ses paupières ne sont pas encore fardées, ses lèvres n’ont pas reçu l’éclat d’un baume. Pas de collier à son cou, aucune perle dans ses cheveux… Celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant se retire sur cette image, et laisse la nuit peupler ses rêves de princesses et de carrosses.

Au matin, le Grand Livre Rose ouvre ses pages en souriant. La princesse attend dans sa robe de bal. C’est aujourd’hui qu’elle va parfaire sa tenue. Celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant prépare soigneusement les bijoux susceptibles d’habiller de lumière cette princesse nommée Vie. Du regard, elle lisse les plis de sa robe, et tente d’imaginer la demoiselle fin prête, maquillée et parée. Maquillée et parée, mais pas trop. Briller sans éblouir… Le rouge apparaît le premier, sous la forme d’un pastel à l’huile. Laissant libre-cours à son inspiration, celle qui a tant de noms et qui est si peu pourtant s’élance à grands traits tout autour du dessin, mêlant au rouge un peu de pigment orange . Abandonnant les bâtons de couleur, elle utilise ensuite ses doigts pour satiner l’ensemble. Puis, se saisissant des feutres, elle comble les espaces restants à l’intérieur du grand cercle, déversant une pluie de pointillés, une rivière de perles dans les cheveux de la princesse. Cette étape est longue. Point après point, elle reprend sa danse de couleurs et tourne inlassablement, jusqu’à se retrouver au centre d’elle-même, au cœur du Mille fois autant. Et là, l’imprévu, celui qui apporte toujours une surprise : elle recouvre les derniers traits d’indigo d’une pellicule d’or.

Poussière d’étoilesmurmure-t-elle.

KinouKachou Aout 2015

LE GRAND LIVRE ROSE 5 - Mandala Chakra

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