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A Fleur de Mots

A Fleur de Mots

Littérature

LE CHANT DU BAMBOU (Extrait 2 de "RastaReptil, l'enfant de la forêt")

Ils se retrouvaient souvent au bord de la rivière, à l’endroit où ils s’étaient vus la première fois ; mais parfois, ils se rencontraient par hasard, au gré de leur cheminement. Toujours, ils se passaient de mots. L’homme au grand âge, lorsqu’il cueillait une plante, la tendait à l’enfant pour qu’il l’admire, la caresse, en respire l’odeur, fasse connaissance avec elle. Ce vieil homme était si apaisant ! Jamais il ne l’inondait avec ces mots stupides qui n’éveillaient rien en lui. Cet homme savait capter son attention par des gestes simples, des regards vifs et des sourires doux comme la canne à sucre. Sans n’en laisser rien paraître, il observait RastaReptil plus attentivement que d’habitude. Quelque chose semblait le perturber. Souvent, il le voyait se retourner, scruter la forêt comme pour en percer les mystères. Il n’aurait su dire ce qui troublait l’enfant. Il le retrouva un jour, à cette heure où le soleil au plus haut dans le ciel offre des éclats de lumière sans pareil sur cette végétation si dense. L’enfant était blotti au milieu des grands bambous, entourant de ses bras le plus gros d’entre eux, le plus vieux, le plus vermoulu. Il semblait faire corps avec lui. Ne voulant troubler l’instant, l’homme au grand âge s’accroupit où il était. De sa position, il voyait l’enfant de profil, ses yeux clos, sa bouche entrouverte. Le vieil homme aurait presque pu en entendre le souffle tant sa perception était aiguisée, toute son attention dirigée vers ce petit bout d’homme singulier. Quand un sourire vint se dessiner sur les lèvres de l’enfant… Tout son être sembla s’illuminer. C’est alors que le vieil homme perçut un murmure, une musique, il ne saurait définir. Un mélange de sonorités, un chant d’eau qui court, de feuilles qui bruissent, un souffle d’air, une douce chaleur. L’enfant chantait… Mais son chant semblait autre que les fois précédentes. Parmi ces sons qu’il avait déjà entendus, ceux-là mêmes qui l’avaient attiré et conduit jusqu’à cet enfant, il percevait une autre vibration, profonde. Elle semblait venir de cette union, de cet enlacement de l’enfant et du vieux bambou. La Nature autour d’eux s’était faite silencieuse. Tout semblait être à l’écoute. Et dans ce Tout, l’homme au grand âge sentit une présence… un petit rien, un grain de poussière, une pensée puissante. Il fut étonné de la remarquer alors qu’elle lui paraissait presque familière. De son invisibilité, elle couvrait l’instant… du bout de ses doigts.

Extrait de "RastaReptil, l'enfant de la forêt"

KinouKachou Mars 2016

LE CHANT DU BAMBOU (Extrait 2 de "RastaReptil, l'enfant de la forêt")

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