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A Fleur de Mots

A Fleur de Mots

Littérature

LE CRI (Extrait 1 de "RastaReptil, l'enfant de la forêt")

Il voudrait mais ne peut pas. Prisonnier d’un abîme sans fin, toutes ses tentatives pour s’échapper sont vaines. Le gouffre dans lequel il est tapi ne laisse entrevoir aucune lumière. De cette obscurité, il se nourrit. Il s’en nourrit à en perdre la raison. Il est enfermé depuis si longtemps… Au commencement, il n’était qu’un grain de désaccord que personne ne prenait la peine d’écouter. Peut-être s’était-il exprimé trop timidement ? Mais il était si jeune, sans aucune expérience encore. Personne ne lui avait jamais appris. Ne trouvant d’oreille attentive, il avait fini par se taire, et ne supportant plus d’être ignoré au grand jour, il s’était retiré dans ce trou pour bouder. Il y avait rencontré un certain réconfort et s’était laissé aller à cette facilité. Ici, plus besoin de se battre pour faire valoir son opinion. Il était même maître des lieux et en profita pour asseoir son indépendance. Puis c’était venu comme ça, subrepticement. Il ne s’était rendu compte de rien. Peu à peu, il s’était emmuré dans le palais de silence qu’il avait construit. Lui parvenait de loin l’écho de ces actes contradictoires sur lesquels il n’avait jamais eu de prise, alors il s’était terré plus profondément, et le silence devint son compagnon de tous les jours. Ensemble, ils formaient un drôle de duo. Mais l’un des deux était plus déterminé que l’autre. Le silence affirma sa supériorité, s’étendit tout autour de lui et l’enveloppa de son manteau de mutisme. Lui n’eut d’autre choix que de subir cet envahissement. Il ressentit tout d’abord une gêne légère, comme un engourdissement du geste. Petit à petit, ses membres s’ankylosèrent et sa force faiblit. Il avait cru qu’ici il serait tranquille, et qu’une fois calmé, il pourrait sortir de sa tanière. Mais le silence, ne voulant être dérangé, l’étreignit de plus en plus fort. Compressé comme dans un étau, il étouffait, il suffoquait. Et ce qui augmentait son angoisse, c’était de savoir qu’il s’était lui-même pris à son propre jeu. Pourquoi avait-il baissé les bras si rapidement ? Pourquoi n’avait-il pas eu l’audace de s’affirmer ? Peut-être pensait-il à ce moment-là qu’avec un peu de patience, il finirait par trouver une manière de se faire entendre. Il avait choisi le retrait plutôt que l’affrontement. Il n’était qu’un cri, un immense cri retenu.

Extrait de "RastaReptil, l'enfant de la forêt"

KinouKachou Mars 2016

LE CRI (Extrait 1 de "RastaReptil, l'enfant de la forêt")

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