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A Fleur de Mots

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Littérature

LA FUITE (Extrait 7 de "RastaReptil, l'enfant de la forêt"))

RastaReptil, lui, courait toujours. En apercevant le reflet de l’homme au grand âge qui l’observait, il s’était soudain senti pris au piège. Au piège de quoi ? Il n’aurait pu l’expliquer vraiment. Sans réfléchir plus, dans l’urgence, il avait fui. La seule chose qui l’importait à présent était de courir, de s’enfoncer au plus profond de la forêt, là où personne ne le trouverait, Là où rien ne pourrait le dépouiller de son bien le plus précieux, sa liberté. Il arrêta sa course quand ses jambes ne purent plus le porter. Sa fuite effrénée l’avait conduit très loin, très haut, dans cette partie de la forêt où les sons sont étouffés par la densité végétale. Il rampa pour se terrer dans un coin sombre. Croyant s’adosser sur le tronc d’un arbre, il fut surpris de sentir sur sa peau une surface froide et lisse. Il découvrit alors que cet appui n’était autre qu’un énorme rocher poli par le temps. Un rayon de soleil perça le feuillage des grands arbres et vint éclairer son refuge. Cet énorme roc prit soudain toute son ampleur. Dans un élan irrésistible, il colla son corps sur cette surface qui semblait là pour l’accueillir, pour le protéger. Ce qu’il ressentit le bouleversa. Toute l’énergie contenue dans la pierre jaillit en lui comme un torrent, faisant voler en éclats les derniers résidus de sa retenue, de son silence. La roche racontait elle aussi, tout comme le vieux bambou… Un frisson parcourut son dos. Quelque chose le chatouillait. Croyant apercevoir un insecte sur sa peau, il remarqua une tache dorée sur son épaule. La poussière d’étoiles ! Elle était toujours là… Elle paraissait s’animer soudain, appelée par l’émotion de l’enfant. C’est elle qui l’avait retenu si longtemps, si proche du monde fou d’aujourd’hui, ce monde qu’il ne comprenait pas. Un jour de pluie, il avait suivi le lit de la rivière, accompagnant des yeux une écorce emportée par le cours d’eau. A plusieurs reprises, cette petite embarcation improvisée s’était arrêtée en chemin, paraissant par moments prisonnière d’un quelconque détour. Mais à son approche, elle se dégageait rapidement pour poursuivre sa course. C’est ainsi qu’il était arrivé dans cette partie de l’île où la forêt n’est plus vraiment ce qu’elle était et où le vieux bambou laisse entendre sa plainte. C’est là qu’il l’avait aperçu.

Dans son recueillement, Poussière d’Etoiles, puisque c’est ainsi qu’il la nomma, avait senti le mouvement de panique chez l’enfant. Alors elle l’avait rejoint au bord de la rivière et accompagné dans sa fuite, dans son retranchement. Elle était sûre qu’il ne la rejetterait pas. Non, pas elle… Accrochée à son épaule, elle s’était sentie étourdie par la vitesse à laquelle il se déplaçait, fouettée caressée par les grandes fougères qui, à leur approche, ouvraient un passage se refermant aussitôt derrière eux. Elle avait ressenti toute la précipitation de l’enfant, ses sentiments affolés, ses muscles tendus, ses sens en alerte. Tout cela, elle l’avait vécu avec lui. De tout cela, elle se trouvait transformée.

Extrait de "RastaReptil, l'enfant de la forêt"

KinouKchou Mars 2016

LA FUITE (Extrait 7 de "RastaReptil, l'enfant de la forêt"))

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