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A Fleur de Mots

A Fleur de Mots

Littérature

L'ATTENTE... (Photo J.D)

—Tiens ! Il y a du soleil ce matin. J’aime quand ses rayons renvoient des éclats de lumière partout dans la pièce. Enfin… j’aimais. Ça, c’était avant, quand Rosalie et moi vivions dans la villa des hortensias. Maintenant, tous les jours se ressemblent, et qu’il fasse beau ou gris, cela ne change pas grand-chose, si ce n’est que le soleil réchauffe mes vieux os tandis que la pluie les fait comme clous rouillés. Que ces journées sont longues…

Face à la fenêtre, le regard perdu vers un passé disparu, Ferdinand Le Bel attend. Dès les premières heures du matin aux dernières de la journée, il attend. C’est ainsi maintenant…

Tout d’abord, il y a l’arrivée de Sandrine, la nouvelle jeunette qui apporte le petit déjeuner. Avec son sourire en collier de perles blanches, elle entre dans la pièce d’un pas aérien.

—Bonjour Monsieur Ferdinand ! vous avez bien dormi ?

—Oui, merci mademoiselle Sandrine

—Voilà votre café et vos tartines. Je vous ai mis de la confiture de mûres ce matin. Vous m’avez bien dit que c’est celle que vous préfériez ?

—Merci Mademoiselle Sandrine, c’est très gentil de votre part.

C’est vrai qu’elle est gentille cette aide-soignante. Toujours de bonne humeur, légère comme une fleur, et toujours une petite attention. Quand elle pose son regard sur vous, c’est comme si la rosée du matin venait chatouiller vos paupières pour dissiper les lenteurs de la nuit. Monsieur Ferdinand n’a pas très faim (comme les autres jours d’ailleurs…) mais il se force. Il le fait pour Mademoiselle Sandrine. L’air de rien, la jeune aide-soignante surveille du coin de l’œil si tout va bien, si l’appétit est là. Comme elle dit en riant « quand l’appétit est là, tout va ». Alors il trempe sa tartine dans son bol de café puis la porte à sa bouche.

—Ça me rappelle de vieux souvenirs cette saveur de mûres… dit-il en déglutissant.

Mais ce qu’il n’ose ajouter, c’est que sa Rosalie, ce n’était pas de la gelée qu’elle préparait avec les mûres qu’elle ramassait, mais de la confiture. Ah… la confiture de mûres de Rosalie... avec ses petits grains qui croquaient sous la dent… Ici, on ne leur sert que des préparations exemptes de tout ce qui pourrait gêner la mastication et la digestion. Les confitures sont des gelées sans graines, sans peau, sans morceaux. Juste l’illusion du fruit. Les soupes sont des potages liquides, de couleur uniforme, d’un goût incertain ; pas même un fil de poireau égaré ou le fondant sucré d’un bout de carotte. Le poulet se présente en fines lamelles (des aiguillettes, disent-ils), débarrassé du croustillant doré de sa peau, défait de ses os si délicieux à grignoter. Quant au poisson, difficile de deviner duquel il s’agit. Pas de tête, pas d’arêtes, pas de queue. Une tranche de chair blanche accompagnée d’une sauce légère, sans doute pour atténuer l’insipidité de ce filet cuit à la vapeur sans autre fioriture.

A suivre...

KinouKachou septembre 2016

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L'ATTENTE... (Photo J.D)

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