Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
A Fleur de Mots

A Fleur de Mots

Littérature

L'ATTENTE (Extrait 2)

Déposant une seconde viennoiserie sur le plateau, elle lui souhaite un bon appétit et s'en va continuer son service. Ferdinand le Bel réalise qu'on est dimanche (le jour des croissants). Il avale une grande gorgée de café qui lui réchauffe les membres puis il ouvre son croissant en deux, saisit le petit ramequin et découvre non pas de la gelée, mais de la vraie confiture. Un sourire dans les yeux, il plonge sa cuillère dans la matière onctueuse et dorée, la fait tournoyer un instant comme pour mieux en apprécier la couleur et la consistance, y voit des formes arrondies pleines d'une promesse gourmande. Avec application, il étale ce nuage de douceur à l'intérieur du croissant et sans plus attendre, enfourne le tout dans sa bouche. Une explosion de saveurs envahit ses papilles. Un délice cette confiture ! Juste ce qu'il faut de sucre et des fruits bien mûrs. Des fruits que l'on peut sans peine imaginer encore suspendus à la branche, ronds, moelleux, gorgés de sucs, d'une peau veloutée parsemée de petits points rouges semblables à des taches de rousseur sur les joues d'un enfant. Et tout en savourant cette douceur, il se laisse séduire embarquer vers des années en arrière. Ils étaient installés à Cabriès dans la maison des Mimosas depuis deux ans. Louise entrait dans sa quatrième année et Christophe venait d'avoir six ans. C'était au début du mois d'Août. Il faisait une de ces chaleurs ! La Provence regorgeait de senteurs de lavande et de thym, un vent chaud faisait frétiller les feuilles argentées des oliviers et le chant des cigales battait son plein. Les arbres fruitiers étalaient leurs branches chargées en abondance. Figues et abricots réclamaient d'être récoltés sans tarder car, au loin, de gros nuages pointaient et l'orage menaçait. Pour sûr que la pluie allait tomber d'ici la fin de la journée ! Les figues avaient été ramassées les premières et cela n'avait pas pris beaucoup de temps car l'arbre était régulièrement taillé pour une récolte plus aisée et Rosalie en avait cueilli les jours précédents, une partie pour les faire rôtir en accompagnement de magrets de canard et le reste en dessert, nappées de miel de lavande. Pour les abricots, c'était une autre affaire. Les arbres étaient plus vieux et avaient atteint une taille assez importante, suffisante pour réclamer l'utilisation d'une échelle. Pendant que Ferdinand le Bel s'affairait, perché sur son échelle, Christophe avait escaladé le tronc et s'aventurait sur les branches les plus solides pour saisir les fruits que son père ne pouvait atteindre. Rosalie attrapait les abricots qui étaient à sa portée, parfois sur la pointe des pieds, et Louise engloutissait avidement une partie de ceux qui roulaient au sol, déposant délicatement les autres dans son petit panier bleu.

A suivre...

 

KinouKachou - Octobre 2016

Copyright 4T742G2

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article