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A Fleur de Mots

A Fleur de Mots

Littérature

L'ATTENTE (Extrait 9)

Ferdinand le Bel perdit la partie contre son compagnon. Il était trop distrait par ses pensées pour se concentrer sur le jeu et il avait abandonné l’idée d’une quelconque victoire. L’ami Dédé, quant à lui, n’en revenait pas d’une telle aubaine. Il avait battu son compère à plate couture trois tours consécutifs. Puis ils prirent leur café ensemble à l’ombre du grand tilleul près de la fontaine. André Dumont avait reçu un colis de sa fille dans lequel elle avait glissé ces délicieux biscuits suédois aux flocons d’avoine dont le nom est imprononçable. Ils se composent de deux galettes croustillantes emprisonnant dans leurs bras une couche de chocolat fondant. Un vrai délice ! Ferdinand le Bel s’attarda plus longtemps que d’habitude auprès de son compagnon de fortune. Quelque chose le retenait… Peut-être le chant des oiseaux, ou la mélodie qui coulait de la fontaine, à moins que ce ne soit ce parfum fleuri que la chaleur du soleil sublimait. André Dumont dit à Ferdinand le Bel qu’il n’aimait pas les lundis. Il en avait toujours été ainsi, et malgré qu’il ne soit plus actif dans le monde du travail depuis longtemps, cette aversion ne l’avait pas quitté. « En souvenir de mes jeunes années, sans doute » rajouta-t-il d’un air plaisantin. Et il se mit à raconter… Il se raconta auprès de cet autre nonagénaire, évoquant ses premières années dans le petit village de Puyloubier. En ce temps-là, disait-il, il n’y avait pas cette foule de randonneurs venus de tous les coins de France et d’ailleurs pour gravir la Sainte Victoire. Les sentiers n’étaient pas balisés comme aujourd’hui. Accompagné de deux camarades, il lui arrivait souvent de faire l’école buissonnière le lundi. Il y avait tant à apprendre de ces virées... Autant qu’en classe si ce n’est plus ! Cela incluait la pratique sportive, car il fallait faire travailler ses muscles pour atteindre l’ermitage de Saint-Ser. Une bonne demi-heure de marche était nécessaire pour s’y rendre. Le sentier pour y accéder faisait aussi office de leçon de choses de manière bien plus ludique que dans le livre d’école. Ici, les genêts brillaient d’un jaune plus chaud que sur les images, on entendait le crépitement des feuilles du romarin éclatant sous le soleil et la lavande, qui non seulement emplissait les narines de son parfum enivrant, offrait une image vivante bousculée par le passage des abeilles affamées de pollen. À cela s’ajoutait une multitude d’insectes qu’ils ne manquaient pas d’observer en se prenant pour des Gulliver. Dans les escarpements du Bau de l’Aigle, blottie dans son écrin de rochers, se dressait la chapelle d’où l’on avait une vue imprenable sur la basse vallée de l’Arc, les monts Auréliens et, au loin, la Sainte Baume. Un cours de géographie grandeur nature !

 

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KinouKachou Février 2017

 

 

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