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A Fleur de Mots

A Fleur de Mots

Littérature

L'ATTENTE (Extrait 17)

Ferdinand Le Bel était suspendu aux lèvres de son fils, attendant une révélation qui ne venait pas. Christophe faisait tournoyer son verre dans sa main, les yeux rivés sur le liquide qui dansait en faisant tinter les glaçons. Puis il leva le regard vers son père, et lâcha en rougissant un peu : « j’ai rencontré quelqu’un ».

Passé le moment de surprise, Ferdinand Le Bel demanda :

 

—Et c’est sérieux entre vous ?

 

—Oui. Enfin, je crois. C’est encore tout frais, tu sais. J’aimerais que tu me donnes ton avis. J’ai tellement peur de mal m’y prendre, de ne pas être à la hauteur.

 

—Ah… L’Amour ne s’apprend pas mon fils, il se vit. Chacun de nous est différent et exprime ses sentiments à sa manière. Tu en as parlé avec ta sœur ?

 

—Non. Je voulais que tu sois le premier à l’apprendre. Tu vois, je me disais qu’entre hommes, ce serait plus facile d’aborder le sujet. Avec Louise, je ne sais pas par où commencer. Tu sais bien comment elle est avec moi, elle a la fâcheuse habitude d’anticiper mes paroles et ça me déstabilise. C’est comme si elle détectait mes pensées et qu’elle les arrangeait à sa sauce.

 

Ferdinand Le Bel sourit. C’est vrai que Louise avait tendance à materner un peu trop son frère parfois, affirmant qu’elle le connaissait mieux que quiconque, voire mieux que lui-même.

 

—Le seul conseil que je peux te donner, c’est de te laisser aller et d’abandonner l’idée de vouloir tout contrôler. Le reste se fait tout seul. Mais raconte-moi : comment s’appelle-t-elle ? Et comment avez-vous fait connaissance ?

 

Voici comment les choses s’étaient déroulées. Christophe et Valérie s’étaient rencontrés à Barcelone deux mois plus tôt. Lui y était en voyage d’affaires, elle était venue faire un reportage sur un peintre sculpteur. Valérie était photographe et travaillait pour une revue d’art contemporain de Marseille. Ce jour-là, Christophe flânait dans les rues de la capitale catalane et, attiré par la façade atypique de la Fondation Antoni Tàpies, en avait poussé les portes. Il déambulait dans l’une des vastes pièces du musée quand son regard fut retenu par une œuvre des plus étranges. Il s’agissait d’une espèce de baluchon suspendu au plafond, de couleur grisâtre, maculé de taches sombres et portant des inscriptions. Un petit panneau en dessous indiquait le nom de l’œuvre : Farcell (que l'on peut effectivement traduire en français par baluchon). Il était là à l’observer depuis un moment, ne sachant trop qu’en penser, partagé entre un sentiment de dégoût et un intérêt profond pour la compréhension de ce que l’artiste avait voulu exprimer vraiment, lorsque Valérie l’aborda : « vous aimez ? »

Christophe se retourna, un peu surpris. Il n’était pas habitué à se faire accoster de la sorte par les femmes. Peut-être ne leur en donnait-il pas l’occasion, toujours pressé qu’il était, levant rarement le nez d’un de ses écrans mobiles. Elle ressentit sa gêne et lui tendant la main : « Valérie Laborde, photographe pour la revue Artension ». Il prit la main qu’elle lui tendait, sans détacher son regard de ses yeux verts.

 

A Suivre...

 

KinouKachou Mars 2017

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