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A Fleur de Mots

A Fleur de Mots

Littérature

L'ATTENTE (Extrait 20)

De retour au Val des Sources, Ferdinand Le Bel prit un repas léger et enfila son pyjama. Il était encore tôt, mais il avait envie de se glisser dans une ambiance confortable. Il s’installa sur son lit et sortit le paquet de lettres de Rosalie de sous l’oreiller. Elles étaient liées entre elles par un ruban de dentelle pas même froissé par le temps. Il resta un moment ainsi, son trésor précieux entre les mains. Il laissa échapper un soupir de soulagement en pensant à son fils. Ainsi, il allait pouvoir partir tranquille, tout serait en ordre. Il regretta toutefois le fait qu’il ne connaîtrait pas la descendance de Christophe. Mais il ne pouvait tout de même pas attendre si longtemps ! Et puis, cette Valérie, quel âge pouvait-elle bien avoir ? Si ça se trouve, plus celui de faire des enfants. Peut-être même en avait-elle déjà. Ils n’avaient pas abordé ce sujet. Du haut de ses cinquante-deux ans, son fils lui avait raconté cette rencontre comme l’aurait fait un jeune étudiant amouraché pour la première fois de sa vie. Alors, les questions d’âge et d’enfant… Pour l’instant, il en était au stade où il voyait la vie comme dans une serre à papillons. Il se pencha sur le tas d’enveloppes qu’il tenait entre les mains et se décida à dénouer la lanière qui retenait encore les mots de sa douce. Il détacha le lien délicatement et ouvrit le courrier le plus ancien du lot. Mon tendre Ferdinand… C’est ainsi que commençaient ses correspondances, du moins celles qu’elle lui avait écrites les trois mois qui avaient suivi son départ pour l’armée. Celles qu’il reçut par la suite offraient un mon cher amour enflammé, débordant d’un désir qu’elle avait peine à contenir. Ferdinand Le Bel les relit toutes, et dans chacune d’elles il revivait sa jeunesse auprès de celle qu’il avait tant aimée et aimait encore. Chaque enveloppe contenait, en plus des mots sucrés que Rosalie s’était appliquée à tracer de sa plus belle écriture, un petit plus d’elle qu’il accueillait aujourd’hui encore comme un trésor inestimable. Ce pouvait être un dessin griffonné au milieu d’une phrase, une fleur séchée, un brin d’herbe aux senteurs provençales, une plume duveteuse d’un banc éclatant, une mèche de ses cheveux collée à même le papier ou tout autre présent qui lui faisait la sentir près de lui. Elle n’avait jamais failli à cette attention et s’était révélée très inventive. Il avait répondu à chacune de ses lettres, et lorsqu’elle quitta ce monde, il déposa ces mots d’amour tout près d’elle afin qu’ils l’accompagnent dans sa nuit. Il eut soudain envie de lui écrire, et il réalisa que tout ce temps où elle lui avait terriblement manqué depuis son décès, il n’avait jamais pensé à le faire. Il se leva, alla prendre des feuilles et un stylo, s’installa à la table et commença à écrire...

 

A Suivre..

 

KinouKachou Mars 2017

 

 

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