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A Fleur de Mots

A Fleur de Mots

Littérature

L’ATTENTE (Extrait 37)

 

Cet ennui qui l’avait taraudé ces derniers mois ne faisait plus partie de son quotidien, pour la simple et bonne raison que son esprit était trop occupé à tenter de raccrocher les wagons du train de sa vie qui déraillait de plus en plus souvent. Il ne courait donc plus désespérément derrière ce parfum de rose qui s’était éloigné de lui, il essayait juste de rester sur les rails pour terminer son voyage sans encombre. Il réalisa qu’il avait peu voyagé dans sa vie. Il n’avait jamais quitté le pays et très peu sa Provence, sa plus grande escapade restant son séjour sur les côtes bretonnes. En y songeant, son esprit s'emplit d’eau et il perdit le fil de ses pensées. Le plafond aurait bien pu s’écrouler autour de lui, il ne l’aurait pas remarqué. Il n’était plus là, il avait disparu dans les flots de l’océan. Son corps était toujours assis dans ce fauteuil, mais il s’en était échappé. Son âme était entrainée dans des couloirs aquatiques qui la berçaient comme mille bras l’étreignant tendrement. Aucun souvenir de ce séjour au pays des chapeaux ronds ne vint perturber cet instant. Seule la présence de l’eau tout autour de lui se faisait sentir. Douce, fluide, rassurante. Plus rien d’autre ne retenait son attention. Il lui sembla que le courant devenait moins fort et son esprit resta suspendu là à se balancer mollement parmi des algues qui venaient lui chatouiller le visage. Il ouvrit les yeux et aperçut mademoiselle Sandrine penchée sur lui dont les mèches de cheveux frôlaient sa joue. Pour cacher son inquiétude, la jeune femme arbora son plus beau sourire : « Vous m’avez encore fait une blague, Monsieur Ferdinand ! Vous pensez que je vous croyais endormi, mais il n’en est rien. Je sais très bien où vous vous réfugiez quand vous voulez être tranquille… J’ai juste un peu peur que vous vous noyiez pour de bon si la pluie venait à tomber trop fort. Et ils ont annoncé de l’orage pour la fin de l’après-midi ». À ces mots, le vieil homme retrouva le chemin de l’instant présent et il serra, en tremblant un peu, la main de mademoiselle Sandrine. Ce qu’elle vit dans ses yeux et ressentit dans cette étreinte l’émut intensément. Le vieil homme lui offrait toute sa confiance, toute sa gratitude pour l’avoir attendu sur la rive de son absence et lui avoir tendu la main pour l’aider à en sortir. Le geste qu’elle eut ensuite la surprit autant que lui. Elle le prit dans ses bras, avec toute la tendresse qu’une fille offrirait à son père, mais aussi avec tout le respect que l’on peut accorder à un être qui vous bouleverse au plus profond de vous, un être qui a touché en vous un point que vous n’aviez même jamais imaginé qu'il puisse exister.

 

A suivre...

 

KinouKachou - Juillet 2017

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