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A Fleur de Mots

A Fleur de Mots

Littérature

L'ATTENTE (Extrait 39)

Vint le jour du pique-nique.

Christophe arriva vers dix heures au Val de Sources en compagnie de Valérie. Sans n’en laisser rien paraître, il avait au fond du ventre un poids aussi lourd qu’un sac de pierres qui n’auraient cessé de s’entrechoquer à chacun de ses pas. Lorsqu’il pénétra dans la chambre de son père, celui-ci était en compagnie de mademoiselle Sandrine. Il était apprêté comme un jour de fête et semblait échanger avec elle une longue discussion silencieuse faite de regards et de sourires. Mais pas que… Quelque chose paraissait danser entre eux. Une chose invisible à l’œil nu, mais qui n’aurait su échapper à une âme sensible. Christophe, trop occupé à contenir cette gêne qui lui tordait les boyaux et encombrait son pas, s’avança sans la remarquer. Valérie, elle, sentit ce souffle divin qui ondoyait à la manière d’une barque sur un flot de lumière. C’est ainsi qu’elle aurait pu le définir sans être totalement sûre d’être comprise, car un tel ressenti pouvait difficilement s’apparenter à une image. Ce souffle était mouvement, fluidité, chaleur, légèreté, paix, et une force incomparable s’en dégageait. À leur approche, la jeune aide-soignante tourna son regard vers eux tout en caressant la main du vieil homme avant de la presser doucement, ce qui n’échappa pas à Valérie. Ferdinand Le Bel leva la tête à son tour et sourit. « Il a l’air bien, songea Christophe, rassuré. » Pourtant, un détail faisait la différence. Les yeux du vieil homme avaient changé. On aurait pu dire que la couleur en était devenue légèrement délavée. Lorsque Valérie lui fut présentée, il s’adressa à elle avec émotion, l’assurant qu’il était enchanté de rencontrer enfin celle dont son fils lui avait tant parlé. Christophe fut surpris, pensant que son père avait oublié leur conversation au restaurant comme il avait oublié ce dernier repas chez Louise. Cette surprise étant agréable, il écarta toute autre question sur la mémoire du vieil homme et se contenta d’enlacer son père dans une tendre accolade. Sans s’en rendre vraiment compte, il le serra un peu plus près que d’habitude. Cela, personne ne le remarqua, sauf peut-être Ferdinand Le Bel qui s’appuya sur cette étreinte comme sur un rocher. Avant de quitter la pièce, il se retourna vers celle qui était devenue sa bouée de sauvetage les jours de tempête, et lui révéla un sourire qui ressemblait à l’écume des vagues embrassant le sable.

 

A suivre...

 

KinouKachou - Août 2017

 

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