Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
A Fleur de Mots

A Fleur de Mots

Littérature

L'ATTENTE (Extrait 40)

Valérie proposa à Ferdinand Le Bel de prendre place à l’avant de la voiture et cette fois, il accepta l’offre. Il s’installa aux côtés de son fils qui, après avoir vérifié que tout le monde avait bien bouclé sa ceinture, mit le moteur en marche et s’engagea vers la sortie. Durant le trajet, les deux hommes parlèrent de tout et de rien, comme ce jour où ils roulaient en direction du Mas de Meyreuil. Mais contrairement à leur escapade précédente, Ferdinand Le Bel n’était affecté d’aucune impatience. Depuis, il avait apprivoisé le temps, et celui-ci ne le tourmentait plus à coups de présent qui s’éternise et de futur sans lendemain. Le temps était devenu son ami et lui le suivait en toute confiance, sans opposer de résistance. Valérie, assise à l’arrière, était silencieuse. De même que l’avait fait Ferdinand Le Bel le jour où ils s’étaient rendus tous les trois chez Louise, elle observait les deux hommes, faisant glisser tour à tour son regard de l’un à l’autre, puis élargissant sa vue pour les fondre en un même tableau. Entre eux aussi quelque chose dansait… mais ce souffle était légèrement différent de celui qu’elle avait perçu entre le vieil homme et l’infirmière. Elle tentait de trouver une image, des mots pour appuyer cette vision mentale et fut amusée d’y voir les traits d’un arbre à l’écorce striée dont les branches souples se balançaient en faisant frissonner silencieusement leurs feuilles. Ces feuilles, comme mille papillons, s’envolaient pour se mélanger les unes aux autres, créant un ballet d’où s’échappait le chant secret du vent qui les animait. Le chant secret du vent… elle ne pouvait l’entendre, mais elle l’imaginait. Perdue dans ses réflexions, elle ne prêta pas attention aux paroles tremblotantes du vieillard. « Je suis si content que nous soyons tous réunis aujourd’hui. Il nous manquera Rosalie, mais je suis sûr que de là-bas (il prononça ce dernier mot, avec dans la voix une résonnance d’éternité) elle bénira cette réunion, car elle est l’accomplissement de la vie que nous avons parcourue ensemble. » Ému à en perdre les mots,  Christophe ne trouva rien à répondre. Il se sentait tout bête, ne sachant trop s’il était rassuré à l’idée de cette union céleste qui les soudait les uns aux autres, ou inquiet quant à la portée des derniers mots de son père : l’accomplissement de la vie qu’il avait parcouru aux côtés de Rosalie. Cette phrase renfermait une autre pensée : l’achèvement. Le mot FIN s’imprimait malgré lui dans son esprit et le sac de pierres reprit place dans son ventre.

A suivre...

KinouKachou - Août 2017

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article