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A Fleur de Mots

A Fleur de Mots

Littérature

L'ATTENTE (Extrait 41)

Lorsqu’ils franchirent enfin l’allée bordée d’amandiers qui menait au moulin, l’accueil fut moins solennel que la dernière fois, Valérie étant déjà considérée comme faisant partie de la famille (et cela se lisait dans le regard de chacun de membres de cette maison). Toutefois, tout le monde prit garde de maintenir un climat de première rencontre. Louise, aidée de ses filles, remplissait la glacière de salades, quiches et autres denrées exigeant un transfert au dernier moment du réfrigérateur au bac contenant des poches en gel glacées. Arnaud, quant à lui, venait de terminer de ranger le matériel de pêche dans le coffre de la voiture. Quand tout le monde fut prêt, les deux véhicules mirent le cap sur Pertuis. Une demi-heure plus tard, ils arrivaient à l’étang des Cerises. C’était un lieu où l’on venait en famille pour y passer la journée, on y trouvait des aires de pique-nique avec tables et chaises, et c’était le coin idéal pour taquiner le poisson. On y pêchait à volonté truites et carpes, et il y avait également un petit établissement de restauration rapide pour déguster sandwich et croque-monsieur, se régaler d’une glace ou siroter un verre. Une terrasse était aménagée à l’ombre d'une glycine qui poussait à foison. L’air était doux en ce dimanche et tout le monde descendit de voiture le sourire aux lèvres, la mine réjouie de se retrouver dans ce cadre agréable, la mine réjouie de se sentir bien, simplement. Ils décidèrent de commencer par chercher un espace pour prendre leur repas. Pauline et Juliette repérèrent la place idéale, d’après leur enthousiasme. La table n’était pas très grande et les bancs pas plus, mais ils étaient positionnés pour offrir une belle vue sur l’eau. Louise, prévoyante, avait amené un fauteuil pliant pour son père. Les filles dirent en cœur qu’elles prendraient leur assiette sur leurs genoux pour manger les pieds dans l’eau. Le choix parut convaincre tout le monde et ils posèrent leurs affaires sans plus attendre. Christophe proposa à son père de rapprocher son fauteuil près de la berge afin qu’il profite du paysage le temps que tout soit prêt, mais celui-ci refusa, assurant qu’il préférait rester à l’ombre pour l’instant et que la vue des préparatifs lui donnerait des indices sur ce qu’il allait manger. Cela fit sourire Louise, contente de constater l’appétit et l’humour du vieil homme. Pendant que Valérie et Louise déballaient les victuailles, Christophe et Arnaud partirent inspecter les abords de l’étang, recherchant la place qui conviendrait pour tenter quelques prises. Ils furent rameutés par les appels de Louise : « Apéro champêtre ! » Tous rappliquèrent autour de la table et les verres furent servis. Jus de fruits pour les filles et Louise qui ne consommait pas d’alcool, Pastis pour Christophe et Arnaud, et même Ferdinand Le Bel qui annonça : « ce n’est pas tous les jours dimanche ! » Valérie, elle, but un verre de vin rosé. Puis chacun picora à sa guise parmi les denrées disponibles : salade niçoise, tomates au basilic, quiche aux poivrons, pissaladière, saucisson, cuisses de poulet rôties et fromage. Il était déjà plus de treize heures et la température frôlait les trente degrés, mais le vent chaud apportait néanmoins une certaine légèreté. Les cigales s’en donnaient à cœur joie et Ferdinand Le Bel s’évada quelques instants sur les chemins de son enfance. Quelque chose ici était identique à ce qu’il ressentait dans ses jeunes années. Il n’aurait su dire quoi exactement. Un mélange de senteurs, de saveurs, de chaleur (aussi bien de l’air que du cœur), de bonheur. « Oui, le bonheur, se dit-il. Je me sens heureux auprès des miens. »

A suivre...

KinouKachou - Août 2017

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