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A Fleur de Mots

A Fleur de Mots

Littérature

L'ATTENTE (Extrait 3)

Face à la glace, Ferdinand le Bel aperçoit une étincelle de bonheur dans son regard. Il se penche un peu en avant et observe son image de plus près. Il voit ses cheveux blancs clairsemés, ses oreilles qui semblent s'être allongées avec l'âge, sa peau devenue si fine et les rides qui s'y sont installées au fil des ans. Puis il voit ses yeux que de gros sourcils ébouriffés abritent. Le blanc n'est plus très blanc, l'iris a un peu perdu de sa couleur mais on devine encore les éclats mordorés qui donnent à son regard une lumière particulière. Rosalie disait que cette pluie d'étoiles qu'elle avait vue dans ses yeux l'avait charmée... Puis il plonge plus profondément dans ses pupilles, s'enfonce dans ces trous noirs comme on traverse les couloirs du temps, et ce qu'il rencontre l'émeut intensément. Il y croise le regard de son enfance, ce regard douceur couleur châtaigne saupoudré d'étincelles d'or. Tant de vivacité s'en dégageait ! Il lui semble soudain voir avec ses yeux-là, et à nouveau, le voilà transporté dans les dix premières années de sa vie. Le premier visage qui s'affiche est celui de sa mère, et dans sa vision, deux images se succèdent. La première, furtive, la représente avant la mort de son mari. Elle porte en elle le bonheur d'une vie épanouie par la présence de l'homme qu'elle aime et de leurs trois enfants. La seconde la montre après son veuvage. Son visage n'a pas vraiment changé, tout paraît presque semblable si ce n'est cet air détaché d'une partie d'elle. Son sourire est toujours aussi paisible, son regard aussi tendre, mais quelque chose s'en échappe, quelque chose d'insaisissable qu'elle-même ne semble pouvoir retenir. Aujourd'hui, il comprend ce regard qui reflétait à l'époque tant de mystères pour lui. Elle semblait être là sans y être vraiment, et lui, du haut de ses huit ans, se demandait où elle pouvait bien aller et surtout, comment elle réussissait à être aux deux endroits en même temps. Pourtant, il n'osait poser de questions. Cet état paraissait être devenu si naturel chez elle qu'il ne pouvait que s'en accommoder. Soudain, le miroir lui renvoie le présent et il voit dans son regard une ressemblance avec celui de sa mère. Pas à cause de la couleur, non, ni même de la forme. Seulement un effacement identique... Ses lèvres minces abordent un sourire ; pas vraiment de joie, pas de tristesse non plus. Il ne sait même pas d'où il vient ce sourire, si ce n'est de ses souvenirs. Un sourire de constatation peut-être. A nouveau, son regard d'enfant le rattrape. Une tête aux boucles rousses lui fait face dans des cris de joie. Mathilde... Cette petite soeur était un rayon de soleil. Et pas seulement à cause de la chevelure cuivrée qu'elle avait hérité de son géniteur. Elle était perpétuellement souriante et pleine de vie. Sans doute était-elle trop jeune pour être affligée par l'absence du père, comme si autour d'elle, il n'y avait jamais eu que sa mère, sa soeur et son frère. Mathilde... Les cris aigus qu'elle poussait à tout bout de champs faisaient d'elle un petit être pétillant devant lequel toute grisaille s'effaçait.

A suivre...

 

KinouKachou - Octobre 2016

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